70 ans depuis la fin de la guerre de Corée

Première partie

Un bombardier américain B-26 bombarde la ville nord-coréenne de Wonsan en 1951.

Ceci est le premier d'un article en deux parties marquant la signature de l'armistice qui a mis fin aux combats pendant la guerre de Corée qui ont duré trois ans et enraciné la division de la péninsule coréenne issue de la guerre froide.

Soixante-dix ans se sont écoulés depuis la fin des hostilités dans la péninsule coréenne lorsqu'un armistice a été signé le 27 juillet 1953 à Panmunjeom, qui se trouve à la frontière fortement militarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. La trêve a laissé la Corée divisée par la zone démilitarisée (DMZ), une bande de terre de quatre kilomètres de large qui s'étend à travers la péninsule. C'est la conséquence permanente d'un conflit qui a éclaté au début de la guerre froide, suite à la division artificielle de la Corée par l'impérialisme américain le long du 38e parallèle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les États-Unis ont déclenché la guerre pour réaffirmer leur domination en Asie, en particulier après le coup dur qu'ils ont subi à la suite de la révolution chinoise de 1949. Aucun traité de paix n'a jamais été signé, laissant la péninsule dans un état formel de guerre. À ce jour, les États-Unis maintiennent un blocus diplomatique et économique de la Corée du Nord, ainsi qu'une alliance militaire avec la Corée du Sud signée le 1er octobre 1953. L'alliance a été renforcée au cours de la dernière décennie alors que Washington accélérait ses préparatifs de guerre contre la Chine qu'il considère comme la principale menace à sa domination mondiale. La Corée du Sud héberge actuellement des dizaines de bases américaines et environ 28 500 soldats.

De profondes cicatrices historiques subsistent en Corée. Les deux Corées ont été dévastées par des pertes de vies humaines massives et la ruine économique. On estime que 2,5 millions de civils ont été tués dans le conflit lui-même. Le Nord et le Sud ont perdu respectivement environ 520 000 et 415 004 soldats. 900 000 soldats chinois ont également été tués ainsi que 36 940 américains. Des milliers d'autres soldats des alliés américains impliqués dans la guerre ont également perdu la vie. En Corée, des millions de membres de familles ont été séparés les uns les autres par la division artificielle de la péninsule. Beaucoup sont toujours dans l’impossibilité de renouer le contact.

Le 22 mars 1951, une vieille femme portant ses maigres possessions sur la tête retourne dans les rues bombardées et jonchées de décombres de Chunchon pour essayer de retrouver sa maison . [AP Photo/Jim Pringle]

En dehors de la Corée, on sait peu de choses sur la guerre et beaucoup moins sur ses origines, ce qui a amené l'historien Bruce Cumings à la décrire comme étant à la fois « une guerre oubliée et une guerre jamais connue ». [1] Ce qui prévaut, c'est la propagande promue par l'impérialisme américain pour justifier la barbarie de sa première grande intervention néocoloniale après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce récit, la Corée du Nord a envahi la Corée du Sud lors d'une attaque injustifiée le 25 juin 1950. Les États-Unis et leurs alliés ont mené une guerre sanctifiée par les Nations Unies pour défendre le Sud démocratique contre l'agression du Nord totalitaire.

En réalité, ces affirmations ne sont rien de plus que des déformations grossières et des mensonges éhontés. Le début des hostilités à grande échelle était le résultat final d'un processus mis en branle par l'impérialisme américain lorsqu'il divisa unilatéralement la Corée en 1945, puis installa un régime dans le sud qui manquait de tout soutien populaire significatif et ne pouvait régner que par la répression.

Quelles furent les origines de la guerre de Corée ?

Stratégiquement située en Asie du Nord-Est entre le Japon, la Russie et la Chine, la Corée a longtemps été au centre des machinations impérialistes. La Corée est passée sous l’influence exclusive du Japon après sa victoire sur la Russie tsariste lors de la guerre russo-japonaise de 1905. En 1910, le Japon annexa officiellement la Corée et maintint sa domination coloniale brutale sur la péninsule pendant 35 ans jusqu'à la capitulation du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale le 15 août 1945.

La division de la Corée et l'éruption subséquente de la guerre de Corée ne peuvent être comprises que dans le contexte général de la crise et de l'instabilité qui ravagent le capitalisme mondial au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le conflit international, qui en Extrême-Orient avait commencé avec l'invasion japonaise de la Chine en 1937, avait laissé derrière lui des morts et des destructions sans précédent en Europe et en Asie. La crise économique et sociale aiguë alimentait une vague d'opposition dans la classe ouvrière internationale qui avait traversé deux guerres mondiales et la Grande Dépression. Les grandes puissances impérialistes furent confrontées à des rébellions anticoloniales qui se développaient dans toute l'Asie.

La capacité des États-Unis, qui émergèrent de la guerre en tant que puissance impérialiste dominante, à restabiliser le capitalisme mondial dépendait de deux facteurs: sa propre puissance économique écrasante et les trahisons par la bureaucratie stalinienne soviétique des mouvements révolutionnaires d'après-guerre.

Après l'invasion nazie de l'Union soviétique en 1941, Staline a subordonné la classe ouvrière internationale à une alliance de soi-disant puissances démocratiques. Lors des conférences de tenues pendant la guerre avec les dirigeants américains et britanniques à Téhéran, Yalta et Potsdam sur les arrangements d'après-guerre, il a cyniquement troqué le sort de pays entiers et de leurs classes ouvrières en échange d'une sphère d'influence soviétique en Europe de l'Est.

Dans toute l'Europe occidentale, les partis communistes staliniens avaient reçu pour ordre de subordonner l'opposition de la classe ouvrière à l'établissement d'une démocratie parlementaire bourgeoise - la révolution socialiste n'étant pas à l'ordre du jour. En France et en Italie en particulier, les staliniens ont joué un rôle clé dans le désarmement des partisans et la relance de la fortune politique des partis bourgeois discrédités. Les dirigeants staliniens sont entrés dans les gouvernements capitalistes d'après-guerre en tant que ministres qui ont joué un rôle central dans la répression des grèves et des manifestations.

En Asie, les partis staliniens ont joué un rôle déterminant dans le retour des puissances coloniales dans un pays après l'autre et dans la stabilisation du régime bourgeois. Au Japon, au milieu d'une croissance massive des syndicats et de l'action revendicative, le Parti communiste présenta l'occupation américaine comme le vecteur de la révolution démocratique et aida à réprimer les grèves.

Après avoir rétabli le capitalisme en Europe occidentale, l'impérialisme américain, déterminé à stopper toute croissance de l'influence soviétique, passa à l'offensive. En mars 1947, le président américain Harry Truman annonça sa politique d’«endiguement» lorsqu'il déclara au Congrès que les États-Unis devaient soutenir les «peuples libres» qui résistaient aux «minorités armées» et aux «pressions extérieures». La doctrine Truman, qui a marqué le début de la longue guerre froide, devint le prétexte de coups d'État parrainés par les États-Unis, d'interventions militaires et de soutien aux dictatures du monde entier, le tout au nom de la «démocratie».

Prélude à l'occupation coréenne

En mars 1943, Washington souleva pour la première fois la question de la soi-disant «tutelle » – un euphémisme pour la domination coloniale – pour des pays comme la Corée, affirmant qu'il était nécessaire «d'éduquer» les Coréens à l'autonomie gouvernementale. Même s'il avait accepté l'indépendance de la Corée «en temps voulu», Washington, bien conscient qu'une Corée indépendante pourrait s'orienter vers l'Union soviétique, a demandé et obtenu l'accord verbal de Staline en mai 1945 pour une tutelle en Corée.

Cependant, avec le succès des essais de la bombe atomique en juillet 1945, Washington modifia radicalement ses plans initiaux pour assurer la prédominance américaine dans l'Asie d'après-guerre. Selon Bruce Cumings, la stratégie américaine consistait à «abjurer la diplomatie, à conclure rapidement la guerre du Pacifique et à exclure les Soviétiques d'une participation significative aux affaires d'après-guerre en Asie de l'Est». [2]

Initialement, les États-Unis étaient disposés à permettre à Moscou une certaine influence en Mandchourie et en Corée en échange de la rupture par l'Union soviétique du pacte de non-agression qu'elle avait signé avec le Japon en 1941 et de son entrée dans la guerre du Pacifique, ce qu'elle fit le 8 août. Washington pensait que l'armée d'élite japonaise du Kwantung occupant la Corée et la Mandchourie infligerait un lourd tribut à l'Armée rouge, un coût que l'armée américaine n'aurait pas à payer.

Le lendemain, les États-Unis ont largué une bombe atomique sur Nagasaki, trois jours seulement après le bombardement d'Hiroshima le 6 août, infligeant une hécatombe de morts et de destructions aux populations civiles. L'impérialisme américain a justifié ces crimes de guerre monstrueux comme nécessaires pour épargner la vie des soldats américains lors d'une invasion, même si Tokyo indiquait déjà sa volonté de se rendre. Le véritable objectif était de menacer l'Union soviétique et de montrer au monde que les États-Unis dicteraient les conditions du règlement d'après-guerre.

Washington n'avait cependant pas calculé que l'armée japonaise du Kwantung s'effondrerait rapidement, faisant craindre que l'Armée rouge soviétique ne s'empare de l'ensemble de la péninsule coréenne. Le 9 août, le lendemain de la déclaration de guerre au Japon, l'armée soviétique commença ses opérations en Corée et, en quelques jours, prit le contrôle d'un certain nombre de petites et grandes villes coréennes.

Le Premier ministre britannique Clement Attlee, le président américain Harry S. Truman et Joseph Staline lors de la conférence de Potsdam, juillet 1945.

Préoccupés par la reddition imminente du Japon dans toute l'Asie, les États-Unis se sont précipités pour trouver une réponse. Les planificateurs de guerre de Washington prirent la décision unilatérale lors de réunions des 10 et 11 août de diviser la Corée en zones d'occupation distinctes au 38e parallèle. Tout comme il avait marchandé avec l'impérialisme américain en Europe, Staline a accepté la division sans un murmure d'opposition.

Les États-Unis écartent la République populaire de Corée

Un mois plus tard, l'armée américaine, dirigée par le général John Hodge, arriva en Corée le 8 septembre 1945 pour établir son occupation, officiellement connue sous le nom de gouvernement militaire de l'armée américaine en Corée (USAMGIK).

Cependant, le gouvernement colonial japonais sortant avait déjà transféré les fonctions administratives à Yeo Unhyeong. Avec une poignée de nationalistes bourgeois de gauche et de droite, Yeo avait créé le 6 septembre le Comité pour la préparation de l'indépendance coréenne, puis la République populaire de Corée (KPR). Dans tout le pays, des comités populaires ont été créés pour assurer les fonctions du gouvernement local.

Seules les sections les plus à droite de la bourgeoisie coréenne se sont orientées vers l'armée américaine. Cela comprenait le Parti démocrate coréen (KDP), qui a été fondé le 16 septembre 1945. Le KPD était constitué de riches hommes d'affaires et de grands propriétaires terriens qui soutenaient les plans américains de «tutelle» en Corée comme moyen de protéger leurs intérêts immobiliers et leur vie contre des représailles.

Beaucoup de ces conservateurs, même ceux qui avaient été impliqués dans le mouvement d'indépendance à une période antérieure, avaient été des collaborateurs japonais qui devaient former la base du gouvernement sud-coréen. L'un de ces collaborateurs était Kim Seong-su, qui fonda le journal Dong-A Ilbo et qui a ensuite servi sous Syngman Rhee en tant que vice-président de la Corée du Sud de 1951 à 1952 pendant la guerre de Corée.

Les États-Unis ne bénéficiaient d’aucun respect ni d’aucun soutien parmi la classe ouvrière et la paysannerie coréennes et ont plutôt tenté de créer un régime à partir de rien. L'USAMGIK a intégré le KDP dans ses opérations, terrifié à l'idée que le KPR suscite une opposition à l'occupation. L'USAMGIK a par la suite interdit les grèves des travailleurs le 8 décembre et interdit le KPR ainsi que les comités populaires le 12 décembre.

Pour faire face à l'opposition publique, les États-Unis ont retenu la majeure partie des officiers coréens qui avaient servi dans la police coloniale japonaise. Celle-ci avait joué un rôle déterminant dans la répression brutale de toute opposition à son régime colonial. Ils jouèrent le même rôle en soutenant l'occupation américaine.

Dans le même temps, Washington dépendait de l'Union soviétique pour approuver ses machinations en Corée. Les États-Unis craignaient particulièrement que la fin du régime répressif japonais ne conduise à une croissance du Parti communiste coréen (KCP), tout comme la fin de la guerre dans d'autres pays avait conduit à une recrudescence du soutien populaire au socialisme.

Le rôle du stalinisme

Comme cela avait été le cas au Japon, la bureaucratie stalinienne soviétique et ses partisans en Corée ont réagi à la division de la Corée en louant l'impérialisme américain. Ils prétendaient que l'occupation militaire américaine menait une révolution démocratique bourgeoise, soi-disant une première étape nécessaire avant une révolution socialiste dans un avenir lointain. Cette théorie de la révolution en deux étapes justifiant le soutien aux soi-disant forces bourgeoises progressistes s'est toujours soldée par un désastre pour la classe ouvrière.

La théorie des deux étapes était la négation des leçons de la révolution russe de 1917. Ses principaux dirigeants, Vladimir Lénine et Léon Trotsky, avaient tous deux insisté sur le fait que la soi-disant bourgeoisie libérale en Russie était organiquement incapable de mener à bien les tâches démocratiques essentielles. Dans cette théorie de la révolution permanente, qui a concrètement guidé la révolution russe, Trotsky a démontré que, dans les pays au développement capitaliste tardif comme la Corée, ces tâches incombaient à la classe ouvrière concentrée dans les villes. Même si la Corée, comme la Russie, était un pays largement agraire, son jeune prolétariat, en luttant contre l'oppression coloniale, pouvait mobiliser les masses paysannes et arriver au pouvoir. Ce faisant, il serait obligé d’empiéter à grande échelle sur la propriété privée capitaliste et de se tourner vers la classe ouvrière internationale dans le cadre de la lutte pour la révolution socialiste mondiale.

En Corée, la théorie des deux étapes a pris une forme particulièrement grotesque. Pour préserver ses relations avec les États-Unis, l'Union soviétique ne comptait pas sur la promotion d'une aile progressiste inexistante de la classe capitaliste coréenne, mais affirmait que l'impérialisme lui-même menait une révolution démocratique bourgeoise.

Sous l'influence de Moscou, le Comité de la province de Pyongan du Sud du Parti communiste coréen, par exemple, a déclaré le 6 octobre 1945: «En raison du manque de compréhension générale claire des problèmes internationaux, le parti a commis des erreurs découlant d'une tendance sectaire, et a traité de manière ambiguë les caractéristiques historiquement progressistes des alliés américains et britanniques.» [3]

Il poursuivait: «Notre Corée a réussi sa révolution sans effusion de sang grâce à la force motrice de l'Union soviétique et aux contributions de la Grande-Bretagne et des États-Unis, et la révolution est maintenant en voie d'achèvement.» [4]

L'affirmation selon laquelle l'impérialisme américain était en train d'achever la révolution bourgeoise en Corée était une fraude totale. Mais le régime soviétique s'est appuyé sur ce mensonge pour étrangler la lutte des classes en Corée, espérant que les États-Unis lui permettraient d'avoir voix au chapitre au sein d'une Corée unifiée. Par-dessus tout, le régime soviétique était terrifié à l'idée que des soulèvements de la classe ouvrière dans d'autres pays suscitent une opposition politique chez lui en Union soviétique.

Dans son accommodement avec les États-Unis, Moscou a cherché à museler le KCP, qui avait une influence considérable, acquise au cours d'années de lutte contre le colonialisme japonais. L'historien Suh Dae-sook a fait remarquer que le KCP avait «réussi à arracher le contrôle de la révolution coréenne aux nationalistes; ils ont cultivé un noyau profond d'influence communiste parmi le peuple coréen, en particulier les étudiants, les groupes de jeunes, les ouvriers et les paysans. Leur courage et, parfois, leur détermination obstinée à réussir ont eu une profonde influence sur les intellectuels et les écrivains coréens». [5]

La mise en place de régimes séparés en Corée du Nord et en Corée du Sud

Les ministres des Affaires étrangères américain, britannique et soviétique se sont rencontrés à Moscou du 16 au 27 décembre 1945 pour discuter des questions d'après-guerre, y compris la Corée. Toute indépendance de la Corée fut écartée, le ministre soviétique des Affaires étrangères ayant accepté la demande américaine d'établissement d'une tutelle.

La conférence de Moscou a appelé à un contrôle conjoint par les militaires soviétique et américain respectivement en Corée du Nord et en Corée du Sud, et à la formation d'un gouvernement provisoire d'une Corée unifiée par le biais d'une commission mixte. Ensuite, après la formation d'un tel gouvernement, une «tutelle» quadripartite composée des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Union soviétique et de la Chine nationaliste devait être établie.

Washington, cependant, a consciemment saboté ces plans, refusant de permettre à l'Union soviétique d'avoir son mot à dire dans le gouvernement provisoire proposé. La partie américaine de la Commission mixte, qui s'est ouverte le 20 mars 1946, a clairement indiqué que Moscou devrait accepter les demandes américaines en Corée. Sinon, les États-Unis exécuteraient leur programme uniquement dans le sud. La Commission a duré jusqu'à la mi-mai sans accord.

Alors que Moscou appelait désormais à une tutelle conforme aux exigences américaines, Washington soutenait exclusivement un groupe de Coréens d'extrême droite opposés à l'Union soviétique qui, suivant l'exemple des États-Unis, prétendaient désormais s'opposer à la tutelle. Ceux-ci comprenaient le KDP et la soi-disant Société nationale pour la réalisation rapide de l'indépendance coréenne autour de Syngman Rhee.

Rhee avait quitté la Corée en 1910, passant des décennies aux États-Unis, et n'était revenu que lorsque l'armée américaine l'avait ramené par avion le 16 octobre 1945. Il avait peu d'influence en Corée et était en grande partie un personnage inconnu. Pa contre, il avait des relations hautement placées au sein du gouvernement américain, en particulier le Bureau des services stratégiques, le précurseur de la CIA, tout en étant un anticommuniste enragé et déséquilibré.

Le général américain Douglas MacArthur et Syngman Rhee, le 15 août 1948.

Les Soviétiques étaient opposés à l'inclusion de tels groupes de droite et ont déclaré que ceux qui s'opposaient à l'accord de Moscou ne devraient pas être consultés au sein de la Commission mixte. Alors que les États-Unis avaient exclu les Sud-Coréens de gauche de toute participation, ils ont ensuite hypocritement accusé l'Union soviétique de travailler contre la formation d'un nouveau gouvernement provisoire.

Dans le même temps, Staline prit des mesures pour dissoudre officiellement le KCP en une organisation petite-bourgeoise qu'il espérait être plus acceptable pour Washington. En juillet 1946, il ordonna au parti du nord et du sud de la Corée de fusionner avec les nationalistes de la classe moyenne et de gauche, qui avaient participé au mouvement indépendantiste mais rejetaient explicitement le socialisme.

Le résultat a été l'acceptation de fait de la division de la Corée en deux organisations distinctes: les Partis des travailleurs de Corée du Nord et du Sud, qui ont finalement fusionné en 1949 pour former l'actuel parti au pouvoir nord-coréen, le Parti des travailleurs de Corée.

Avec le début de la guerre froide, les États-Unis n'avaient aucune intention de faire des concessions à l'Union soviétique ou de permettre à un parti pro-soviétique d'entrer dans un futur gouvernement coréen. Un deuxième cycle de négociations de la Commission mixte s'ouvrit en mai 1947, mais avec le même manque d'accord.

Avant le deuxième cycle de pourparlers de la Commission mixte, les États-Unis avaient déjà l'intention de porter la question devant l'ONU. Derrière la façade de l'unification de la Corée, Washington travaillait explicitement à établir un État séparé dans le sud comme rempart contre l'Union soviétique, conscient du fait que les États-Unis seraient marginalisés dans une Corée unifiée et indépendante.

La Commission temporaire des Nations Unies sur la Corée a ensuite supervisé l'élection du 10 mai 1948 d'une assemblée constituante dans le sud, qui a été truquée par les forces d'occupation américaines et leurs alliés coréens de droite. L'assemblée constituante a élu la marionnette américaine Syngman Rhee à la présidence le 20 juillet 1948 et la République de Corée fut officiellement créée le 15 août 1948.

La Corée du Nord a réagi en organisant ses propres élections législatives le 25 août 1948, menant à la création de la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948. Nominalement, le dirigeant nord-coréen était Kim Du-bong, président du Présidium de l’Assemblée populaire suprême. Cependant, le véritable pouvoir politique était entre les mains de Kim Il-sung, qui avait été nommé premier ministre et devait devenir président du Parti des travailleurs l'année suivante.

Kim Il-sung avait combattu aux côtés des maquisards chinois en Mandchourie contre les Japonais au début des années 1930, mais ni lui ni ses partisans n'avaient jamais été membres du KCP, ni n'avaient participé au mouvement communiste coréen. Dans sa vision politique, il était fondamentalement nationaliste depuis sa jeunesse.

Cependant, Kim avait également servi comme officier dans l'Armée rouge et a bénéficié du soutien de l'Union soviétique après l'occupation du nord. Avec la bénédiction de Moscou, il a été élevé à des postes de direction tout en éliminant les opposants politiques au sein de l'ancien KCP. Au lendemain de la guerre de Corée, il consolida son emprise incontestée sur le pouvoir et proclama le concept de juche, une version coréenne du réactionnaire «socialisme dans un seul pays» de Staline.

Il resta au pouvoir jusqu'à sa mort en 1994, fondant en réalité une dynastie héréditaire. Lui ont succédé son fils Kim Jong-il, puis son petit-fils Kim Jong-un, qui dirige actuellement le Nord.

A suivre

[1]
Bruce Cumings, The Korean War: A History, Modern Library 2010, p. 63.

[2]
Cumings, The Origins of the Korean War, Volume 1: Liberation and the Emergence of Separate Regimes 1945-1947, Yuksabipyungsa 2002, p. 120.

[3]
Documents of Korean Communism 1918-1948, edited by Dae-sook Suh, Princeton University Press 1970, p. 489.

[4]
Ibid.

[5]
Dae-sook Suh, The Korean Communist Movement 1918-1948, Princeton University Press 1967, p. 132.

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